Pourquoi les Moomins sont-ils si populaires au Japon ?
Les Moomins sont finlandais. Ils sont nés sous la plume de Tove Jansson et restent aujourd’hui encore profondément associés à la Finlande. Les premiers livres sont traduits dans les années 1960, un anime Moomin arrive à la télévision en 1969, puis une nouvelle série japonaise est diffusée à partir de 1990. Entre-temps, Moomintroll, Snufkin ou Little My ont trouvé leur place sur de la vaisselle, de la papeterie, des vêtements, des objets pour la maison et jusque dans un parc construit près de Tokyo. En 2008, le Japon représentait déjà environ 50 % des ventes mondiales de produits Moomin et 85 % de ces produits utilisaient encore l’apparence de l’anime de 1990. Alors pourquoi sont-ils si populaires au Japon ? C’est la question que je me suis posée cette année en visitant le musée des Moomins à Tampere.
Sommaire
- Les Moomins étaient déjà présents au Japon avant leur premier anime
- En 1969, le Japon fabrique un Moomin adapté à sa télévision
- En 1990, Tove Jansson accepte une nouvelle adaptation japonaise
- Pourquoi les Moomins ont-ils continué à fonctionner au Japon pendant plusieurs générations ?
- Snufkin, Little My et tous ceux qui vivent un peu à leur manière
- En 2008, 85 % des produits Moomin vendus utilisent encore le dessin de l’anime
- Les ayants droit décident de remettre Tove Jansson au premier plan
- Les Moomins ont aussi accompagné la manière dont le Japon regarde la Finlande
- Le Japon s’est-il réellement approprié les Moomins ?
- Quand une œuvre étrangère accompagne plusieurs générations
Tove Jansson, elle, n’a pas toujours apprécié ce que le Japon faisait de ses personnages. Elle détestait certaines des libertés prises par la première adaptation japonaise et empêchera même sa diffusion à l’étranger. Vingt ans plus tard, elle acceptera de retravailler avec une équipe japonaise sur une nouvelle série. Celle-ci sera ensuite diffusée en Finlande, où des enfants grandiront à leur tour avec cette représentation pourtant conçue au Japon. Certains choix visuels finiront même par être repris dans leur pays d’origine, devenant ainsi la norme graphique de la série.
Nous parlons régulièrement de la manière dont la France a transformé les anime japonais qui arrivaient chez nous dans les années 1980 ou 1990. Les noms changeaient, les génériques étaient réécrits et les doublages prenaient parfois de grandes libertés. L’exemple des Moomins permet de regarder le Japon dans la position inverse : celle du pays qui reçoit une œuvre étrangère et qui va devoir décider jusqu’où il peut l’adapter à son propre public.
J’avais commencé mes recherches avec le mot « appropriation » en tête. L’histoire de 1969 semblait presque aller dans ce sens. Celle qui suivra m’a progressivement obligé à abandonner cette vision.
Les Moomins étaient déjà présents au Japon avant leur premier anime
Tove Jansson publie son premier livre consacré aux Moomins en Finlande en 1945. Les personnages arrivent au Japon moins de vingt ans plus tard.
Kodansha propose une première publication japonaise en 1964 avec Moominland Midwinter, intégré à une collection de littérature étrangère destinée à la jeunesse. Finn Family Moomintroll est ensuite publié sous le titre Tanoshii Mūmin Ikka. Les lecteurs japonais découvrent alors les personnages avec les illustrations originales de Tove Jansson.
Au départ, je pensais que leur histoire avec le pays du Soleil-Levant commençait avec la télévision. Ainsi, ces premières éditions changent quelque peu cette chronologie. Les Japonais avaient déjà commencé à les lire tels que Jansson les avait dessinés avant même de leur donner vie à l’écran.
L’anime diffusé par Fuji Television à partir d’octobre 1969 va évidemment toucher un public beaucoup plus large. La série connaît suffisamment de succès pour que Snufkin reçoive des lettres envoyées par des spectateurs. Tove Jansson sera même invitée au Japon où elle se rendra en 1971 avec sa compagne, l’artiste Tuulikki Pietilä.
Quelques années auront donc suffi pour qu’une fiction littéraire venue de Finlande acquière une véritable présence dans la culture populaire nippone. Cependant, le Moomin que Jansson découvre à la télévision s’est déjà considérablement éloigné de celui qu’elle a créé.

En 1969, le Japon fabrique un Moomin adapté à sa télévision
La série de 1969 est produite à une époque où l’animation japonaise adapte un grand nombre d’œuvres étrangères. Plusieurs futurs grands noms du secteur ont d’ailleurs travaillé sur ce projet, parmi lesquels Yasuo Ōtsuka et Hayao Miyazaki, encore jeune animateur.
Et force est de constater que les équipes de l’époque ont pris énormément de libertés.
Les changements concernent déjà les noms : Snorkmaiden devient par exemple Non-Non. Plusieurs personnalités sont modifiées et des situations inexistantes dans les récits de Jansson sont inventées. Les sources officielles consacrées aux Moomins évoquent notamment un Moominpappa capable de frapper son fils, une guerre dans la vallée ou encore des changements dans la couleur des personnages. Tove Jansson reproche également à la série de s’éloigner de la manière dont elle avait construit les relations entre eux, en perdant une partie de l’empathie et de la sensibilité qu’elle avait placées au cœur de ses récits.
Modifier Moominpappa ou introduire davantage de violence ne revient pas simplement à changer quelques détails pour les rendre plus efficaces ou plus lisibles à la télévision. Jansson avait construit son univers autour d’une certaine manière de vivre ensemble. Les personnages peuvent se disputer, partir, avoir peur ou vouloir rester seuls. La violence physique n’a jamais occupé la place que lui donne parfois cette adaptation.
Ajoutons à cela que la production avait commencé sans véritable accord préalable de la part de l’autrice. Lorsqu’elle se rend au Japon en 1971, Jansson rencontre Fuji Television et exprime clairement son désaccord. Malgré ses efforts, elle ne réussit pas à empêcher la série d’être diffusée au Japon, mais empêchera son exploitation à l’étranger. L’adaptation de 1969, tout comme celle de 1972, restera dans une situation très particulière puisque les ayants droit n’autorisent plus leur exploitation normale.
Malgré toute cette histoire de droits, cela ne change rien au fait qu’une partie des enfants japonais a bien grandi avec les Moomins.
Je pense forcément aux anime que nous avons découverts en France dans des versions parfois très éloignées des originales. Trente ans plus tard, une voix française, un nom modifié ou un générique peuvent rester indissociables du souvenir que nous avons d’une série. Les enfants japonais qui écrivaient à Snufkin au début des années 1970 connaissaient eux aussi le personnage sous la forme qu’on leur avait proposée.
Tove Jansson finira elle-même par reconnaître que les enfants pouvaient aimer cette série même si elle ne correspondait pas aux Moomins qu’elle avait créés.
Le Passage “Secret” de Miyazaki chez les Moomins (1969)
Engagé “au noir” sans être crédité sur les épisodes 21, 23 et 24 pour aider son mentor Yasuo Ōtsuka, Hayao Miyazaki y officie comme animateur clé. Ses contributions visuelles sont reconnaissables entre mille et ses séquences injectent une obsession mécanique inédite dans la paisible vallée. On lui doit l’animation ultra-réaliste du char d’assaut et de l’hélicoptère militaire (Épisode 21), ainsi que les mouvements complexes de l’avion et du sous-marin (Épisode 23).
Totalement hors-sujet par rapport aux livres, ces chars et armes à feu ont provoqué la fureur noire de l’autrice originale, Tove Jansson, choquée par cette version violente et militarisée.
Des décennies plus tard, Miyazaki s’en amusait encore en interview : « Je ne me rappelle plus de tout, mais j’ai le souvenir d’y avoir mis un tank qui faisait “kata-kata-kata” ! »

En 1990, Tove Jansson accepte une nouvelle adaptation japonaise
Le 12 avril 1990, TV Tokyo commence à diffuser Tanoshii Mūmin Ikka, connue en France sous le titre Les Moomins. Et cette fois, Tove Jansson et son frère Lars participent réellement au projet.
Le character designer Yasuhiro Nakura est choisi avec leur implication et les créations proposées par l’équipe japonaise sont soumises aux Jansson. Le cadre laisse malgré tout une certaine liberté aux animateurs. Snork reçoit par exemple des lunettes et une frange qui n’apparaissaient pas sous cette forme dans les dessins originaux. Ces choix sont acceptés.
La série comptera 104 épisodes en incluant Tanoshii Mūmin Ikka Bōken Nikki. Sumio Shiratori compose environ 260 morceaux pour accompagner l’ensemble. L’historique officiel japonais évoque une diffusion dans des dizaines de pays, et cette adaptation deviendra pour une grande partie du public international la représentation animée la plus connue des Moomins.
La Finlande commence à la diffuser dès 1991.
La série arrive en Finlande avec son dessin japonais, sa mise en scène et une partie des choix faits par les équipes de TV Tokyo. Elle est doublée en finnois et en suédois. Les chansons et certaines musiques sont à nouveau adaptées. Des enfants finlandais découvrent donc les personnages créés dans leur propre pays à travers une série produite au Japon.
En 1993, Moominworld ouvre à Naantali. Le parc reprend une partie des représentations et des décors associés à l’anime des années 1990.
Quelques choix japonais se retrouvent ainsi matérialisés en Finlande.
Des années plus tard, lorsque la productrice finlandaise Marika Makaroff travaille sur Moominvalley, elle explique que sa génération a elle-même grandi avec la série japonaise. Pour certains Finlandais, cette représentation animée vient immédiatement à l’esprit lorsqu’ils pensent aux Moomins.
Une œuvre finlandaise a été transformée au Japon, puis cette transformation est revenue dans son pays d’origine et a participé à la manière dont une nouvelle génération de Finlandais l’a découverte.
Ce dialogue entre la Finlande et le Japon dépasse déjà largement l’idée d’un simple emprunt.

Pourquoi les Moomins ont-ils continué à fonctionner au Japon pendant plusieurs générations ?
Le premier anime date de 1969. La seconde grande adaptation, elle, commence en 1990. Le Moominvalley Park ouvre en 2019. La présence de la série s’étend maintenant sur plus de soixante ans.
Quelqu’un qui regardait Fuji Television à la fin des années 1960 a grandi avec une adaptation aujourd’hui presque inaccessible. Une personne née vingt ans plus tard peut être attachée à la série de 1990. Un public beaucoup plus récent peut connaître aussi bien les dessins originaux de Jansson que les designs plus modernes présents sur les produits vendus aujourd’hui.
Hyung-Gu Lynn, professeur à l’Université de Colombie-Britannique, insiste justement sur ce point dans ses travaux consacrés aux Moomins au Japon. Leur popularité ne peut pas être expliquée par le simple fait de leur apparence kawaii. Les personnages ont vécu entre les romans, l’animation et les objets pendant suffisamment longtemps pour que plusieurs générations puissent construire des relations toutes différentes avec eux.
Un pays entier ne développe évidemment pas le même attachement à une œuvre pour une raison unique. Expliquer un pourquoi est toujours bien compliqué. Il est plus que probable que l’aspect kawaii ait joué un rôle important dans ce succès : Moomintroll est rond et immédiatement reconnaissable tandis que Little My ou Snufkin possèdent des silhouettes parfaitement adaptées aux objets dérivés.
Mais les Moomins ont aussi survécu à leur transformation en série animée très colorée, assez éloignée du travail beaucoup plus personnel de Tove Jansson.
Snufkin, Little My et tous ceux qui vivent un peu à leur manière
Les livres de Tove Jansson ont parfois une douceur que l’on retrouve dans les produits dérivés. Ils peuvent aussi être beaucoup plus étranges ou mélancoliques.
- Snufkin part régulièrement seul. Il aime ses proches sans ressentir le besoin de rester constamment avec eux,
- Little My, elle, ne cherche pas particulièrement à être agréable et encore moins à correspondre à ce que les autres attendent d’elle,
- Moominpappa aime sa famille tout en rêvant d’aventure.
Ainsi, plusieurs personnages peuvent passer du temps ensemble sans avoir besoin de partager les mêmes habitudes.
Mais cet univers regorge également de catastrophes.
- une comète menace de détruire le monde
- une inondation emporte la vallée
- moomintroll se réveille en plein hiver alors que toute sa famille hiberne et découvre un monde qu’il ne connaît absolument pas
J’avais beaucoup gardé en tête l’image douce des Moomins avant de revenir vers les livres pour cet article. Certains passages m’ont rappelé pourquoi cette œuvre arrive encore à parler à des adultes. Tove Jansson n’a jamais écrit ou décrit un monde agréable et plaisant.
L’anthropologue Hideko Mitsui relie une partie du succès japonais des Moomins aux transformations du pays à partir des années 1990. Après plusieurs décennies de très forte croissance économique, l’univers de Jansson pouvait offrir à certains lecteurs une représentation différente du quotidien, avec davantage de place pour la nature, les relations humaines ou simplement la possibilité de ne pas vivre exactement comme les autres.
Je ne pense pas que cela puisse expliquer la totalité de leur popularité. En revanche, cela permet de comprendre pourquoi certains personnages ont pu continuer à plaire après l’enfance passée.
Snufkin me semble d’ailleurs assez représentatif. Il voyage avec très peu de choses, refuse régulièrement les règles qu’il juge inutiles et n’a aucune envie de s’installer définitivement quelque part. Sa présence sur une quantité impressionnante de produits dérivés crée une étonnante contradiction avec sa personnalité. Il est amusant de constater que l’un des personnages les moins attachés aux possessions est devenu lui-même un motif que l’on achète pour le mettre sur des mugs, des sacs ou des carnets.

En 2008, 85 % des produits Moomin vendus utilisent encore le dessin de l’anime
Les objets occupent une place bien plus importante dans cette histoire que je ne l’imaginais au départ.
En 2008, environ 85 % des produits Moomin utilisent encore l’esthétique de la série de 1990. Le Japon représente alors près de 50 % des ventes mondiales de la licence.
Ces chiffres donnent une idée assez précise de l’influence qu’a prise l’anime dans l’univers de la série.
Près de vingt ans après son lancement, sa représentation visuelle continue à déterminer la manière dont une grande partie du public rencontre les personnages dans les boutiques.
Et les Moomins sont déjà partout.
En 2008, le grand magasin Mitsukoshi de Ginza organise par exemple une Moomin Premium Collection. À la même période, NTT DoCoMo propose un téléphone mobile P705i aux couleurs des personnages. Les Hattifatteners servent même à représenter la qualité du signal (une idée que je trouve simplement géniale).
J’aime particulièrement cet exemple parce qu’il ressemble à son époque. Un téléphone japonais de 2008, avec ses émoticônes Moomin et ses petits Hattifatteners dans l’interface, raconte à lui seul beaucoup plus l’implantation de la licence qu’une simple liste de chiffres.
Aujourd’hui, les partenaires officiels japonais commercialisent toujours une quantité très importante de produits. Cela va des peluches ou de la papeterie jusqu’au linge de maison, aux bijoux, aux lunettes, aux cosmétiques, aux accessoires de cuisine ou aux produits destinés au jardinage.
Et c’est justement sur ces objets du quotidien que je retrouve le mieux ce qui m’intéressait au début de cet article.
Une pièce de collection est normalement choisie parce que l’on entretient déjà un rapport avec l’œuvre. Par contre, une tasse peut fonctionner complètement différemment. En effet, elle peut avoir été offerte à quelqu’un qui aime simplement le dessin. Celle-ci peut ainsi rester dans une cuisine pendant dix ans et être utilisée chaque matin sans que son propriétaire ne connaisse quoi que ce soit de Tove Jansson ou même de la Finlande.
Et à force d’être présente, l’œuvre finit par s’intégrer à des habitudes qui ne demandent pas forcément de connaître son origine.

Les ayants droit décident de remettre Tove Jansson au premier plan
Cette présence très importante du graphisme de l’anime finit cependant par poser un problème à Moomin Characters.
Sophia Jansson, nièce de Tove et impliquée dans la gestion de son héritage, s’inquiète de voir les adaptations et les produits s’éloigner progressivement du travail original.
Le chiffre de 2008 permet d’ailleurs de mesurer précisément ce décalage : 85 % des produits utilisent encore la version animée alors que les dessins de Tove Jansson représentent une part essentielle de ce qui rend son œuvre reconnaissable.
Moomin Characters va donc simplement décider de changer de direction. Les illustrations originales vont alors reprendre une place importante dans les licences et certaines relations commerciales sont réorganisées au Japon.
Le pari est vraiment risqué. Une partie du public japonais connaît depuis près de vingt ans les personnages à travers l’anime de 1990. Les dessins de Jansson sont moins connus, plus brouillons et parfois beaucoup plus sombres.
Malgré cela, le marché japonais ne s’effondre pas. Roleff Kråkström, alors dirigeant de Moomin Characters, indiquait qu’en 2014 le Japon représentait encore près de 50 % des ventes mondiales. Une autre interview évoque une contribution régulièrement située autour de 30 à 40 % du chiffre d’affaires de la société selon les années.
Les Japonais ont donc continué à acheter des produits Moomin alors même que les dessins originaux de Tove Jansson reprenaient une place plus importante dans les licences.


Les Moomins ont aussi accompagné la manière dont le Japon regarde la Finlande
Étonnamment, au fil des décennies, les personnages ont été de plus en plus associés à leur pays d’origine.
Hideko Mitsui a étudié la manière dont les Moomins participent au Japon à une certaine représentation de la Finlande.
Pour être moi-même allé récemment en Finlande, j’ai retrouvé plusieurs choses qui alimentent facilement cette image : la place de la nature, les lacs omniprésents ou cette manière de construire des lieux de vie très ouverts sur l’extérieur. J’ai aussi découvert un pays beaucoup plus complexe que la Finlande douce et silencieuse que l’on peut facilement s’imaginer.
La Finlande présentée autour des Moomins au Japon sélectionne forcément certains éléments du pays. Les forêts, les lacs, le design ou le rapport à la nature y prennent beaucoup de place. Ce sont aussi des choses que le public japonais peut venir chercher lorsqu’il s’intéresse à la Finlande à travers les Moomins.
Le complexe Metsä de Hannō condense presque toute cette histoire en un seul lieu.
Metsä Village ouvre en 2018 puis le Moominvalley Park l’année suivante. Le mot metsä signifie « forêt » en finnois. Le visiteur peut retrouver la maison bleue des Moomins ou plusieurs décors inspirés de l’œuvre, puis découvrir à proximité des produits et des expériences présentés comme nordiques.
En juillet 2026, Metsä annonçait avoir accueilli plus de six millions de visiteurs cumulés depuis son ouverture. Ce chiffre concerne l’ensemble constitué par Metsä Village et le Moominvalley Park, et non uniquement le parc consacré aux Moomins.
Une œuvre arrivée dans les librairies japonaises en 1964 possède donc aujourd’hui un lieu physique à une quarantaine de kilomètres de Tokyo où son histoire et son origine finlandaise peuvent être expérimentées en même temps.

Le Japon s’est-il réellement approprié les Moomins ?
Le terme d’appropriation n’est probablement pas le meilleur pour décrire l’ensemble de cette histoire même si la série de 1969 correspond relativement bien à certaines critiques associées à l’appropriation. Nous faisons face à une œuvre étrangère transformée sans véritable accord de sa créatrice. Tove Jansson considère que plusieurs modifications trahissent ce qu’elle voulait faire et en a même bloqué l’exploitation internationale du résultat.
En 1990, Tove et Lars Jansson participent à la création et approuvent même certaines inventions japonaises. La série revient par la suite en Finlande et participe à la manière dont une génération entière découvre les personnages. Des éléments de cette représentation seront eux-mêmes repris dans le pays.
Puis les ayants droit considèrent que l’univers s’est de nouveau trop éloigné du travail de Tove Jansson et réorganisent la licence. Le public japonais continue malgré tout à suivre les personnages.
Comme je le disais, j’avais commencé cet article avec le mot « appropriation ». À la fin de mes recherches, je préfère parler d’adoption culturelle.
Les Moomins n’ont donc jamais cessé d’être finlandais. Aujourd’hui, leur origine est affichée beaucoup plus clairement au Japon qu’elle ne l’a jamais été.
Le Japon a cependant eu plus de soixante ans pour construire sa propre relation avec eux, ce qui est loin d’être négligeable.
Quand une œuvre étrangère accompagne plusieurs générations
Un enfant japonais qui regardait Mūmin en 1969 peut avoir plus de soixante ans à l’heure où j’écris ces lignes. Ainsi, ses enfants ont pu grandir avec la série de 1990 ou ses petits-enfants peuvent découvrir Tove Jansson dans une librairie, acheter un mug Arabia ou visiter le Moominvalley Park de Hannō.
Trois générations peuvent donc connaître le même personnage sans avoir connu la même œuvre de référence.
La Finlande connaît elle-même une situation assez proche puisque des adultes qui ont grandi dans les années 1990 associent une partie de leurs souvenirs d’enfance à l’anime japonais.
Les objets dérivés prolongent encore cette longévité.
Les Moomins resteront toujours l’œuvre de Tove Jansson. Le Japon a simplement eu le temps d’ajouter sa propre histoire autour de cet univers et de ses personnages.
Un enfant japonais qui regardait Mūmin en 1969 peut aujourd’hui être grand-parent. Ses petits-enfants ne connaissent peut-être pas la série, mais ils connaissent les Moomins.



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