Fate/stay night: Unlimited Blade Works (2010) – Ce que tout le monde a raté dans ce film, même moi
Ou comprendre une œuvre à travers ce qu’elle choisit de laisser derrière elle … Plus de dix ans après sa sortie, l’adaptation du scénario UBW par le studio Deen divise encore. Pourtant, ses ellipses, sa rapidité et ses silences en font une œuvre à part, peut-être plus fidèle à l’esprit du visual novel que les versions ultérieures. Plongeons dans une réhabilitation nécessaire.
Sommaire
J’ai revu Unlimited Blade Works (Studio Deen, 2010) cette semaine. Soit plus de dix ans après sa première vision. Et ce qui m’a frappé immédiatement, ce n’est ni son animation, ni ses défauts. C’est sa rapidité.
Une rapidité de traitement qui ne cherche pas à rassurer. Des choix émotionnels nets, parfois très brutaux. On y découvre une tristesse sourde chez Archer, une humanité simple et attachante chez Rin sans oublié cette volonté presque douloureuse de Shirō de devenir un héros. Ce souhait n’est par de l’orgueil : il s’agit d’une fatalité. Il a été sauvé par Kiritsugu et ne sait désormais pas comment vivre autrement.
À l’époque, je cherchais autre chose. Désormais, je comprends mieux ce que ce film raconte malgré lui; ou peut-être exactement comme il le voulait.
Ce que je voyais avant et ce que je vois maintenant
Il y a dix ans, je regardais UBW Deen avec les mêmes attentes que beaucoup : de la cohérence, une envie de réponses, une fidélité assidue par rapport au matériau d’origine. Autrement dit : j’attendais qu’une adaptation m’apporte ce qui me semblait jusqu’alors incomplet.
Aujourd’hui, je regarde ce film autrement. Je vois :
- le hors-champ
- les silences
- les ellipses
- les choix imparfaits mais toujoursassumés
Et surtout, je comprends une chose essentielle : UBW Deen ne cherche jamais à tout réparer.
Archer : l’épuisement plutôt que la chute
On dit souvent qu’Archer est mieux traité ou plus spectaculaire dans la version d’Unlimited Blade Works produite plus tard par ufotable. À l’époque, pourtant, nous n’avions comme référentiel que le visual novel.
Et dans cette version du studio Deen, Archer est, à mes yeux, plus lisible. Non pas parce qu’il est plus expliqué, mais simplement parce qu’il n’est pas mis en scène comme un mystère à résoudre, et encore moins comme une figure à admirer.
Il nous est montré pour ce qu’il est : un homme épuisé. Un homme qui a poursuivi un idéal sincère. Un idéal qui l’a porté … puis vidé.
Archer n’est pas devenu cynique par facilité. Comme beaucoup d’entre nous, il est devenu amer parce qu’il a tenu trop longtemps.
Et à l’aube de mes 40 ans, cette lecture me touche profondément. Parce qu’elle résonne avec quelque chose de très concret : ce moment où l’on continue d’avancer, non plus par conviction, mais par inertie morale.
Archer ne déteste pas Shirō parce qu’il est naïf. Il le déteste parce qu’il lui rappelle ce qu’il a été, et ce que ça lui a coûté. Et pourtant, il fait le choix final de renoncer.
Pas à ses regrets, ni à sa lucidité. Mais juste à sa haine.
Nous ne vivons pas une rédemption. C’est un arrêt.
Le hors-champ Sakura / Zōken : une absence qui parle
Dans UBW Deen, Sakura, Zōken et dans une moindre mesure Kirei sont presque absents. Et longtemps, j’ai vu cela comme un manque.
Désormais, je le lis autrement. Les souffrances de Sakura et la haine de Zōken ne disparaissent pas. Elles sont déplacées et remplacées. Par quoi me diras-tu ? Cela me semble assez évident :
- la haine d’Archer envers Shirō
- le conflit idéologique entre deux visions du héros
- le rapprochement progressif entre Rin et Shirō
Les horreurs de Heaven’s Feel demandent un autre cadre mental. Un autre rythme. Et surtout une autre intimité.
Ce film d’UBW ne nie pas ces ténèbres. Il choisit simplement de ne pas les traiter ici. Et ce choix est cohérent : UBW n’est pas la route de la damnation intime. C’est la route de l’idéologie confrontée à ses propres limites. un peu à l’image de Fate/Zero, où Kiritsugu et Kirei ne s’opposent pas par émotion, mais par vision du monde.
Rin et Shirō : une relation sans promesse
La fin de UBW Deen est souvent lue comme une conclusion romantique.
Pour ma part, je ne la lis plus du tout comme ça. Aujourd’hui, je vois une relation saine mais risquée : le dernier regard de Rin ne dit pas “tout ira bien”, mais “je sais ce qui t’attend”. Et c’est précisément ce qui rend ce choix si fort.
C’est le début d’une relation sans idéal romantique. Une relation fondée sur l’acceptation du danger et de l’autre, pas sur l’illusion de sécurité.
ici, Rin n’idéalise pas Shirō. Elle sait exactement ce qu’il est. Et elle choisit quand même d’avancer avec lui. Ce n’est ni rassurant, ni inquiétant. C’est d’une lucidité profonde. Cette lucidité, d’ailleurs, est le miroir du traitement d’Archer : UBW Deen refuse les illusions, qu’elles soient romantiques ou héroïques.
Ainsi, la fin ne dit pas que tout va bien se passer. Elle dit : le plus dur reste à venir et rien n’est acquis. Et une telle maturité émotionnelle, aussi tôt dans une relation, est rare aussi bien dans la fiction que dans la vie.
Tout n’est pas réparable et c’est peut-être ça, le cœur d’UBW
Avec le recul, UBW Deen me parle d’une chose très simple, mais très difficile à accepter à savoir que tout n’est pas réparable.
- une société qui est proche de la faillite
- une amitié qui se dégrade
- un choix de vie qui n’aurait pas dû être
- une partie de soi brisée après trop de chutes ou d’idéaux non réalisés
- et surtout pas les gens
Pour ma part, j’ai arrêté d’attendre que les autres changent. Je me change moi. Et à mes yeux, c’est exactement ce que raconte cet arc. Shirō ne cherche pas à réparer Archer. Il ne cherche pas à le sauver. Il continue d’avancer malgré lui.
Archer, de son côté, comprend qu’il ne peut pas empêcher cela. Il peut seulement cesser de lutter contre cette inéluctabilité.
Nous comprenons ainsi que tout n’est pas réparable et c’est en assumant cette vérité que les personnages, et nous par la même occasion, trouvons une forme de paix.
Alors, œuvre mal comprise ou simple relecture tardive ?
Je ne sais pas si Unlimited Blade Works a été pensé exactement ainsi dès le départ. Peut-être que oui. Peut-être que non.
Mais pour moi, une chose est certain : mon regard a changé.
Certaines œuvres ne deviennent lisibles qu’après coup. Quand on a cessé d’attendre qu’elles nous rassurent. Quand on accepte qu’elles ne réparent rien, ou n’apporte pas autant que le matériau original. Par contre, elles ont le mérite de dire quelque chose de vrai.
UBW Deen parle à ceux qui ont compris que tout ne se répare pas. Et qu’il faut parfois avancer quand même. Ce n’est aucuement de l’héroïsme mais de la cohérence intérieure.


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