Quand le mythe d’un collectionneur se fissure : regard personnel sur une passion et ses illusions
Après vingt-cinq ans de collection, je reviens sur la construction d’un mythe et sur la frustration silencieuse qu’il a nourrie chez moi. J’explore la désillusion progressive d’un passionné face à la démesure, à l’argent et aux comparaisons constantes. Je te partage enfin ce que cette expérience m’a appris sur la maturité nécessaire pour collectionner autrement, avec plus de conscience et de sens.
Sommaire
25 ans de collection
Je collectionne depuis vingt-cinq ans. C’est une phrase que je n’emploie presque jamais comme un argument d’autorité. Tout simplement car elle ne dit rien de la qualité d’une collection, ni de la justesse d’un regard.
Elle dit seulement le temps passé. Le temps à chercher, à apprendre, à désirer, à renoncer. Le temps à comprendre que certaines images nous accompagnent toute une vie, même quand elles ne nous appartiennent pas.
Quand j’ai commencé, je n’avais pas grand-chose : pas d’argent, pas de réseau, pas de stratégie.
J’étais un passionné. Un fan. Quelqu’un pour qui un cellulo ou un douga n’était pas un “objet”, mais une trace tangible d’un univers qui avait compté dans sa jeunesse ou dans son adolescence. Une preuve matérielle que ces œuvres avaient existé autrement que dans mes souvenirs.
Très vite, pourtant, le monde des enchères s’est imposé. Les plateformes, les ventes, les lots qui disparaissent en quelques secondes.
Et avec elles, des noms. Souvent les mêmes. Des noms que l’on ne connaît pas vraiment, mais qui reviennent sans cesse au moment décisif. Quand le prix bascule. Quand l’objet devient hors de portée.
Ainsi, pendant des années, Thierry Fourcassier a été l’un de ces noms pour moi. Je ne le connaissais pas vraiment. Je n’échangeais que très rarement avec lui. Je ne savais presque rien de sa vie, de son parcours, de ses motivations.
Mais je le voyais gagner. Encore et encore. Des cellulos, des dougas, des pièces majeures. À des prix que je ne pouvais même pas envisager dépenser.

La naissance d’un mythe
De fait, la naissance d’un mythe n’est jamais totalement consciente. Je crois que tous les collectionneurs se fabriquent des mythes. Jamais volontairement. C’est presque mécanique.
Quand on voit toujours les mêmes personnes accéder à ce qui nous échappe, on finit par leur prêter des qualités particulières :
- Une intelligence du marché
- une antériorité décisive
- une forme de légitimité naturelle.
Longtemps, dans mon esprit, je me disais qu’il était là avant. Plus vieux. Plus installé. Qu’il avait connu une époque où les prix étaient encore accessibles. Une époque où il était possible d’acheter sans devoir sacrifier autre chose.
Et surtout, il semblait avoir de l’argent. Cette idée m’a longtemps servi d’explication.
Presque de consolation. Si je n’y arrivais pas, ce n’était pas par manque de passion, mais parce que je n’étais pas né au bon moment. Parce que je n’avais pas les bons moyens. Parce que je n’étais pas “dans le bon monde”.
À mesure que les années passaient, ce sentiment s’est transformé. La fascination est restée, mais elle s’est teintée de frustration, parfois même en injustice ou même en honte. La honte de ne pas pouvoir suivre financièrement. La honte de me sentir exclu d’un univers que j’aimais profondément, simplement parce que je ne pouvais pas mettre des milliers voir des dizaines de milliers d’euros sur une pièce que je désirais.
Pendant un temps, j’ai espéré. Espéré qu’un jour, moi aussi, je pourrais rivaliser.
Puis, progressivement, quelque chose s’est cassé. Ce monde où tout se négociait à des sommes délirantes m’a dégoûté. J’ai commencé à m’en éloigner. À me dire que ce n’était peut-être plus pour moi.


La fascination pour la démesure
Avec le recul, cependant, je peux l’admettre sans détour: ce qui me fascinait alors, ce n’était pas seulement la beauté des pièces. C’était aussi la démesure. La rareté poussée à l’extrême. L’idée qu’une collection puisse devenir une sorte de musée privé, inaccessible, presque irréel.
Je regardais ces accumulations comme on regarde un bâtiment comme le Louvre : impressionné, écrasé, un peu envieux aussi.
Et comme beaucoup, j’ai parfois idéalisé l’objet au détriment de son contexte. Au début, oui, le prix effaçait presque tout le reste. Il devenait une preuve en soi.
C’était ça ma faille: un manque de recul. Une confusion entre valeur émotionnelle et valeur marchande.
Entre fin 2022 et 2025, j’ai fait une pause. Une vraie. J’avais besoin de distance. Besoin de me rappeler pourquoi j’avais commencé.
Soudain, j’ai eu besoin de sortir de cette logique où chaque enchère perdue ressemblait à un échec personnel.

Le choc tardif
C’est alors que, début 2026, presque par hasard, je tombe sur un post Facebook. Un post ancien, datant de 2024.
Je le lis. Puis le relis. J’essaye de comprendre. Ce que je fais progressivement. Et soudain, je réalise que, pendant que je m’étais éloigné, des choses s’étaient passées.
Des informations publiques, des articles de presse et même des enquêtes : des faits documentés, accessibles, sourcés.
Je suis tombé des nues. Non pas parce que ces informations existaient, mais parce qu’elles entraient en collision frontale avec l’image que je m’étais construite pendant des années. Tout ce que je croyais comprendre de ce monde s’est fissuré d’un coup.
Avec le temps, certaines certitudes ont commencé à se fissurer. Car ce que je tenais pour acquis méritait d’être interrogé.
C’est ainsi que, sans m’en rendre compte, mon regard a commencé à changer.

Ce qui s’est vraiment effondré
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ma première réaction n’a pas été la colère. Ni même la tristesse.
Elle a été plus déroutante que ça : un soulagement étrange.
Comme si, soudain, un poids invisible se levait. Comme si je pouvais enfin me dire que tout cela n’était peut-être pas qu’un problème personnel. Que ma frustration n’était pas uniquement le signe d’un manque ou d’un retard.
En réalité, ce qui s’est effondré, ce n’est pas un homme. C’est un mythe. Un mythe que j’avais fabriqué, nourri, entretenu sans même m’en rendre compte.
Ainsi, j’ai compris une chose essentielle : on ne jalouse jamais une personne réelle. On jalouse une histoire que l’on se raconte. Une narration imaginée par notre esprit qui nous permet d’expliquer ce que l’on n’arrive pas à atteindre.

Un autre élément est venu préciser cette zone de flou : un échange public impliquant Marco Albiero, illustrateur italien connu pour ses travaux autour de Saint Seiya. Dans ce message, il explique avoir réalisé, il y a plusieurs années, des illustrations à la demande d’un tiers, sans intention de tromper ni de faire passer ces dessins pour des œuvres d’un autre artiste. Il y décrit ensuite sa surprise en découvrant que certaines de ces pièces avaient circulé avec une attribution erronée, et les démarches qu’il affirme avoir entreprises pour tenter de corriger la situation.
Lire cet échange m’a surtout rappelé une chose essentielle : dans le monde de la collection, les images voyagent parfois plus vite que leur contexte, et les malentendus peuvent devenir des certitudes lorsqu’ils ne sont pas questionnés.
Une responsabilité morale
Avec le temps, une idée s’est imposée à moi : collectionner n’est pas un acte neutre.
En réalité, il y a une responsabilité morale dans le fait de posséder, de montrer, d’acheter, de faire monter les prix. Une responsabilité vis-à-vis des œuvres, des artistes, mais aussi des autres passionnés.
Ceux qui regardent, qui rêvent, qui se comparent.
Si je devais parler aujourd’hui à un jeune collectionneur, je lui dirais trois choses simples :
- Arrête de te comparer
- N’achète jamais à n’importe quel prix
- Laisse la passion guider tes choix, pas l’appât du gain
Ne pas pouvoir acheter n’est pas toujours un échec. Parfois, c’est une protection.


Ce que cette désillusion m’a appris
Je ne regrette pas ces années de frustration.
Avec le temps, elles m’ont permis de façonner mon regard et m’ont appris la patience, l’humilité, la nuance.
Elles m’ont forcé à comprendre plutôt qu’à accumuler.
Finalement, aujourd’hui, je collectionne différemment : avec plus de conscience et moins de fantasmes. Et bien plus de sens.
Alors oui, avec le temps, le mythe s’est fissuré.
Mais à sa place, il y a quelque chose de plus solide : une maturité de collectionneur. Et peut-être que, finalement, la vraie réussite est là.
Sources et contexte
Les informations ayant provoqué cette prise de conscience sont issues de faits publics et documentés :
La Dépêche — Suspecté de corruption et de blanchiment, l’ex-maire de Saint-Jory est emprisonné
https://www.ladepeche.fr/2024/02/01/info-la-depeche-suspecte-de-corruption-et-de-blanchiment-lex-maire-de-saint-jory-est-emprisonne-11737410.php
Mediacités — Mis en examen pour corruption, l’ex-maire de Saint-Jory placé en détention provisoire
https://www.mediacites.fr/breve/toulouse/2024/02/02/mis-en-examen-pour-corruption-lex-maire-de-saint-jory-a-ete-place-en-detention-provisoire/
La Dépêche — L’ancien maire de Saint-Jory va être libéré sous contrôle judiciaire
https://www.ladepeche.fr/2024/05/24/info-la-depeche-suspecte-de-corruption-et-de-blanchiment-thierry-fourcassier-lancien-maire-de-saint-jory-va-etre-libere-11971480.php
Article réalisé par imacollector® — archive éditoriale dédiée à la mémoire et à l’héritage de la pop culture japonaise.
Contenu publié à titre informatif et documentaire- Tous droits réservés aux ayants droit.


![Pourquoi Fate/stay night [Realta Nua] a multiplié les openings et ce que ça raconte du jeu Illustration de Saber, Sakura Matou et Rin Tohsaka par ufotable pour Fate/stay night Realta Nua.](https://im-a-collector.com/wp-content/uploads/2026/01/collection-imacollector-fate-stay-night-realta-nua-heritage-cover-OK-440x440.jpg)