Secret of Mana : la graine qui a fait naître ma passion pour les JRPG
Il y a cette image qui ne m’a jamais quitté. Un écran un peu flou de ma télé cathodique, les couleurs encore saturées de la Super Nintendo et cet arbre immense qui apparaît devant mes yeux. Comme s’il avait toujours existé. Dans le lointain, ce son étrange que je n’avais jamais entendu ailleurs mais que j’ai immédiatement reconnu : un chant de baleines.
Sommaire
- L’enfant devant l’écran : découvrir l’univers
- Le choc des émotions : perdre un compagnon
- Le plaisir de l’imperfection
- La coopération : partager un monde
- La résonance actuelle : l’enfant à l’épée et l’adulte qui écrit
- Ce que ce jeu m’a appris, sans le dire
- Une méditation universelle : pourquoi certains jeux deviennent des mythes intimes
- Conclusion : retourner à l’arbre
J’étais encore un enfant. Je n’avais jamais mis de mots sur l’écologie, ni sur la perte et encore moins sur le mot RPG. Mais mon corps, lui, savait déjà. Les sons me prenaient à la gorge, les pixels devenaient plus réels que la chambre dans laquelle je me trouvais. Et cet arbre n’était pas un simple décor : c’était une promesse. Celle qu’un monde s’ouvrait à moi, plus vaste, plus mystérieux que tout ce que je connaissais.
Ce fut ma première rencontre avec Secret of Mana. Et, sans le savoir, mon initiation aux JRPG.

L’enfant devant l’écran : découvrir l’univers
Je n’avais pas encore touché à un Final Fantasy. Pas encore arpenté les terres futuristes de Midgar ou les plaines de Spira. Pour moi, Secret of Mana n’était pas un JRPG culte. Il s’agissait juste mon premier pas dans un autre univers.
Dès le début, quelque chose m’a happé. Les couleurs éclatantes, la musique d’intro qui semblait raconter une histoire avant même que j’ai pu appuyer sur “Start”. Sans oublier la sensation de tenir une manette qui devenait soudain une clé…
J’étais devenu ce garçon avec l’épée. Pas par choix : par évidence. Tête baissée, je fonçais dans le jeu comme je foncerais plus tard dans ma vie : avec détermination, sans trop réfléchir, porté par l’envie d’aller plus loin.
Chaque geste devenait ainsi un rituel : courir, garder la jauge pleine pour libérer une attaque, ouvrir l’anneau pour trouver un sort ou un objet. Trois gestes simples qui, à force de répétition, sont devenus une seconde nature.
Encore aujourd’hui, je crois que j’écris, que je crée, avec la même logique : je fonce, je charge, je mets en pause pour choisir.
Le choc des émotions : perdre un compagnon
Secret of Mana m’a aussi initié à quelque chose que je n’avais pas encore expérimenté : le choc de la perte.
La mort d’un des trois personnages, à la fin du jeu … Je ne m’y attendais pas. Ce fut soudain, violent.
Ce n’était pas une simple mécanique. C’était une véritable absence. Un personnage avec qui j’avais ri, combattu et grandi. J’y étais attaché malgré son humour douteux et son caractère bien trempé. Soudain, il n’était plus là.
Je me souviens de l’instant précis où j’ai réalisé que Secret of Mana n’était pas seulement un jeu.
C’était une histoire capable de m’arracher quelque chose. De me faire sentir un vide réel, au milieu d’un monde de pixels.
Perte, sacrifice, révélation. Ces trois mots résument ce moment fondateur.
Et quelque part, ils résument aussi ce que je cherche encore dans chaque univers narratif depuis. Le JRPG n’est pas seulement un divertissement : c’est une école de l’émotion.


Le plaisir de l’imperfection
Ce que j’aime aussi, c’est que Secret of Mana n’était pas parfait.
Certains personnages manquaient de profondeur. Certains boss étaient étonnamment faciles. Et puis, il y avait ces bugs étranges : un coffre qui disparaît, un passage inaccessible, un détail qui cloche.
Mais c’est justement ça qui faisait la magie. J’ai passé des heures à imaginer la possibilité d’une graine cachée, d’une ville isolée ou d’un Easter Egg.
Ces imperfections donnaient à l’univers toute sa singularité. Comme si le monde échappait parfois à la maîtrise des créateurs. Comme si, derrière la machine, il y avait un souffle fragile, artisanal mais purement humain.
Aujourd’hui encore, je préfère ces aspérités aux univers trop lisses. Les pixels qui tremblent, les petits bugs, les musiques qui bouclent mal.
Parce qu’ils me rappellent que c’est dans l’imperfection que l’imaginaire s’ancre. Que c’est là que l’on projette le plus de soi-même.

La coopération : partager un monde
Je n’ai pas toujours joué seul. Parfois, des amis prenaient la deuxième manette.
Et là encore, Secret of Mana avait quelque chose d’unique : il se jouait vraiment à plusieurs. Pas comme ces jeux où le deuxième joueur n’est qu’un figurant.
Non, ici, pour l’une des premières fois, on avançait ensemble.
Ce qui m’a marqué, ce n’est pas la difficulté ou la stratégie. C’est l’absence de prise de tête.
Chacun prenait naturellement sa place : le guerrier, la soigneuse et le magicien. Il n’y avait pas de compétition, juste une forme d’harmonie tacite.
Peut-être que ça dit quelque chose de moi : j’aime les univers où la coopération se fait sans effort, où les rôles s’équilibrent d’eux-mêmes.
Pas besoin de grands discours, pas besoin d’ego. Simplement avancer ensemble, comme les racines d’un arbre qui s’entremêlent.

La résonance actuelle : l’enfant à l’épée et l’adulte qui écrit
Aujourd’hui, quand je repense à Secret of Mana, je me rends compte d’une chose : je n’ai jamais vraiment quitté ce garçon à l’épée. J’avance encore souvent tête baissée. Avec la même efficacité, la même volonté d’aller droit au but.
Mais avec une différence : mes rêves se sont parfois brisés en chemin. C’est peut-être pour ça que ce jeu résonne encore autant. Parce qu’il me rappelle ce que c’est que de croire, d’espérer, d’aller plus loin sans avoir peur.
Il me rappelle qu’avant d’être adulte, j’étais un enfant émerveillé devant un arbre et des flamands rose et que cet émerveillement est une arme plus puissante que toutes les défenses qu’on se construit avec l’âge.
L’écologie, je ne l’avais pas comprise tout de suite. Mais j’avais reconnu le chant des baleines. J’avais senti, sans le savoir, que la nature avait une voix.
Que l’arbre de Mana n’était pas seulement une ressource mais bien un être à protéger. Des années plus tard, quand je vois l’adulte que je suis devenu, je comprends que j’avais raison de frissonner.

Ce que ce jeu m’a appris, sans le dire
Si je devais résumer ce que Secret of Mana m’a transmis, je dirais trois choses :
- le goût de l’univers : pas un simple décor mais un monde entier à découvrir.
- la valeur de l’amitié et du collectif : car avancer à plusieurs, chacun à sa place, sans se marcher dessus reste l’une des choses les plus importantes.
- la force de la perte : comprendre que grandir, c’est aussi accepter les disparitions, les sacrifices et, surtout, les rêves qui se brisent.
Et peut-être qu’au fond, tout ça m’a préparé à ce que je fais aujourd’hui : explorer, raconter et transmettre.


Une méditation universelle : pourquoi certains jeux deviennent des mythes intimes
Pourquoi Secret of Mana est-il plus qu’un simple souvenir de geek ?
Parce qu’il a coché, à mes yeux, trois cases essentielles qui transforment un jeu en mythe personnel :
Il m’a parlé par les sens aussi bien à travers ses musiques, ses couleurs ou ses sons et cela avant même que je le comprenne vraiment.
Puis il m’a bouleversé par une perte : à travers une émotion brute qui m’a fait devenir plus mature sans que je m’en rend compte.
Et enfin, il a ouvert une porte, une brèche vers d’autres mondes, vers le JRPG, vers l’idée que le jeu peut être plus grand que soi.
Je suis persuadé que chaque joueur a son Secret of Mana. Ce titre qui n’est pas seulement un jeu, mais une racine. Une racine qui continue d’irriguer sa manière de voir le monde.
Conclusion : retourner à l’arbre
Quand je ferme les yeux, je revois encore cet écran d’intro. L’arbre immense, les chants de baleines, les flamands rose qui passent et cette musique qui me prend aux tripes.
Je ne suis plus l’enfant qui découvre. Je ne suis plus seulement le garçon à l’épée. Je suis quelqu’un qui a grandi, qui a perdu, qui a appris.
Mais cet arbre, lui, est toujours là.
Et c’est ça, la magie de Secret of Mana. Ce n’est pas seulement un jeu. C’est un arbre-racine. Il relie l’enfant que j’étais à l’adulte que je suis devenu. Il me rappelle que, malgré les rêves brisés et les échecs, il y a toujours un monde à explorer, toujours une force à retrouver, toujours un chant de baleine au loin pour me guider.
Et peut-être qu’au fond, écrire cet article, c’est ma façon de retourner, encore une fois, à l’ombre de cet arbre que j’ai pris plaisir à protéger à chaque fois que j’ai joué à ce jeu.
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